J’ai regardé dans l’assiette des Russes : Un “proche étranger” encore plus proche…

Les sanctions économiques imposées à la Russie par les Etats Unis et l’Union européenne ont eu pour effet de reserrer les liens entre Moscou et les Etats de sa sphère d’influence, communément appelés “proche étranger”.

Renforcer l’intégration des cinq pays de l’Union Economique Eurasiatique (UEEA) et dépasser les « phobies du passé » soviétique et la « peur de la résurgence de l’URSS » est une priorité pour V. Poutine, pour qui la confiance entre les Etats doit se faire « naturellement ». L’Union Economique Eurasiatique fonctionne depuis 2015 et regroupe la Russie, l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan et le Kirghizistan, tous ex-républiques soviétiques.

Mais quelles sont les représentations géopolitiques de ce « proche étranger » pour la Russie ?

Le terme de “proche étranger”, apparu dans le discours politique russe, au début des années 1990, traduisit la difficulté pour les Russes de considérer les nouveaux Etats désoviétisés comme des Etats étrangers. L’expression renvoie à un passé commun, lorsque la Russie était au centre d’un empire constitué d’entités aux forces centrifuges. Bien que les disparités dominent dans l’ancien espace soviétique, tant démographiques, économiques que politiques, le “proche étranger” russe persiste aujourd’hui dans une relative intégration enracinée dans la géographie et l’histoire des Etats nés de l’éclatement de l’URSS. Cette cohésion paradoxale se fonde sur la conservation de l’usage de la langue russe, la présence de minorités russes dans toutes les républiques mais aussi les flux migratoires et les échanges de biens empruntant un circuit et des infrastructures communes de l’époque soviétique. Enfin, certaines républiques de ce “proche étranger” ont continué de jouer un rôle crucial dans le transit des exportations de gaz et de pétrole russes, assurant ainsi les intérêts vitaux de la Russie.

Et les perceptions/représentations géopolitiques du « proche étranger » ?

Il est évident qu’un rapprochement trop intrusif de l’ancien « grand frère » soviétique puisse soulever des inquiétudes au sein des « petites » républiques. Au niveau des chefs d’Etats, les plus grandes décisions d’intégration ont été prises mais dans la pratique, il reste encore une marge de manœuvre qu’il s’agirait de combler en gagnant la confiance des pays entre eux et celle de la Russie, selon le chef du Conseil de la Commission Economique Eurasiatique, M. Myasnikovitch.

Quels sont les effets des sanctions sur les échanges Russie/Proche étranger ?

Depuis quatre ans, les importations alimentaires en provenance du “proche étranger” ont augmenté de presque 70% (fruits et produits dérivés d’Azerbaidjan et du Caucase, viandes et viandes de volaille, produits laitiers..). Les importations de produits de la mer ont augmenté de 35% (en provenance d’Arménie, Kazakhstan) et celles du Bélarus de plus de 75%. Les importations de boissons (eaux minérales, jus de fruits) en provenance des ex-républiques soviétiques ont été multipliées par trois.

Les sanctions ne sont pas les seules raisons à cette hausse significative des échanges en matière d’importation alimentaire : les accords de distribution se font en-deçà du prix du marché mondial, en rouble russe. Ceci offrant des opportunités d’exportation sur le marché russe pour les ex-républiques soviétiques bien plus larges que celles offertes par les pays de l’UE.

Le facteur transport reste aussi avantageux pour le “proche étranger” qui a vu les commandes internet russes tripler dans les grandes agglomérations. Les grandes enseignes de la grande distribution russe (Crossroads, Delicatesque, Tape, Auchan) ne s’y sont pas trompés non plus en remarquant une nette augmentation des consommateurs pour des produits “proche étranger”, dans les magasins et en ligne.

Carole Grimaud Potter